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On ne devrait plus avoir a lisser ses cheveux pour etre prise au serieux

On ne devrait plus avoir a lisser ses cheveux pour etre prise au serieux

Alain Bélanger
Alain Bélanger
Dietéticien
30 avril 2026 8 min de lecture
Cheveux naturels au travail : analyse des discriminations capillaires, du cadre juridique et des solutions concrètes pour assumer ses cheveux crépus et texturés.
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On ne devrait plus avoir a lisser ses cheveux pour etre prise au serieux

Cheveux naturels au travail : un révélateur silencieux des discriminations capillaires

Dans de nombreux environnements de travail, les cheveux naturels restent perçus comme une entorse aux codes implicites d’apparence physique. Alors que le marché des produits pour cheveux bouclés, cheveux crépus et cheveux texturés progresse fortement, la discrimination capillaire continue de peser sur les femmes aux textures 3C à 4C, en particulier dans les métiers de représentation. Cette tension permanente entre identité capillaire et attentes professionnelles transforme la texture des cheveux en véritable motif de discrimination, même lorsque rien n’est écrit dans le code du travail.

Les témoignages de femmes aux cheveux afro ou aux cheveux texturés montrent que la pression ne vient pas seulement de la hiérarchie, mais aussi des clients, des collègues et parfois des services de ressources humaines. Une salariée peut se voir suggérer une autre coiffure, une autre couleur ou une autre longueur de cheveux, au nom d’une prétendue « neutralité » de l’apparence choisie, alors que cette neutralité ne s’applique jamais aux cheveux lisses. Dans ces situations, la frontière entre simple remarque sur l’apparence physique et discrimination apparence fondée sur la texture des cheveux devient floue, mais les conséquences sur la carrière sont très concrètes.

Le paradoxe est frappant pour les femmes cheveux texturés qui constatent que leurs cheveux naturels sont célébrés sur les réseaux sociaux, mais restent problématiques dans certains secteurs de l’emploi. Dans la communication, la banque, l’hôtellerie ou les médias, beaucoup continuent de lisser leurs cheveux crépus pour un entretien ou une prise de poste, par peur de voir leur apparence physique interprétée comme un motif discrimination non avoué. Les discriminations capillaires ne sont presque jamais formulées comme telles, pourtant elles se traduisent par des remarques récurrentes, des refus d’embauche ou des freins à la progression, ce qui ancre une véritable discrimination capillaire dans le quotidien professionnel.

Quand le lissage n’est plus un choix esthétique mais une contrainte sociale

Beaucoup de femmes expliquent qu’elles lissent leurs cheveux avant un entretien de travail, non par goût, mais par stratégie de survie professionnelle. Elles savent que leurs cheveux crépus ou leurs cheveux texturés peuvent être perçus comme « trop » : trop volumineux, trop visibles, trop éloignés de la norme capillaire dominante, ce qui nourrit des discriminations capillaires à peine voilées. Le lissage devient alors une sorte d’assurance contre un possible motif de discrimination, même si aucune loi ne l’impose et que le droit du travail protège théoriquement contre ce type de pratiques.

On entend souvent l’argument selon lequel « on a le droit de lisser ses cheveux », ce qui est évidemment vrai lorsque la coiffure est réellement choisie. La question centrale est de savoir si cette apparence choisie est libre ou dictée par la peur d’une discrimination apparence, d’un refus d’emploi ou d’une remarque sur la couleur et la longueur jugées « non professionnelles ». Quand une salariée sent qu’elle doit modifier sa texture de cheveux, sa coiffure afro ou son volume naturel pour respecter un code implicite, on ne parle plus de simple préférence esthétique, mais d’une contrainte sociale qui pèse surtout sur les femmes cheveux crépus.

Dans les faits, ce sont principalement les femmes afro descendantes qui subissent ces injonctions, ce qui crée une inégalité de droits entre les salariées selon leur texture de cheveux. Certaines racontent qu’elles n’osent porter leurs cheveux naturels qu’en télétravail, réservant le lissage ou les extensions pour les jours de présence au bureau, afin de coller au code de travail non écrit. Cette auto censure capillaire illustre une discrimination capillaire diffuse, où l’apparence physique devient une raison apparence inavouée pour écarter une candidature, limiter une promotion ou juger la « crédibilité » d’une professionnelle.

Droit social, propositions de loi et angles morts de la discrimination capillaire

Sur le plan juridique, la France ne dispose pas encore d’un équivalent direct au CROWN Act américain, qui vise explicitement la discrimination capillaire liée aux cheveux afro, aux cheveux crépus et aux coiffures protectrices. Le droit du travail français interdit pourtant les discriminations fondées sur l’apparence physique, mais la discrimination apparence liée à la texture des cheveux reste rarement nommée comme telle dans les décisions de justice. La Cour de cassation a déjà rappelé que les restrictions à l’apparence choisie doivent être justifiées par la nature de la tâche et proportionnées au but recherché, ce qui laisse une marge d’interprétation importante pour les employeurs.

Des débats récents autour d’un projet de loi et d’une proposition de loi ont commencé à intégrer la question de l’apparence physique, mais la dimension capillaire reste souvent reléguée au second plan. Certains défenseurs des droits et spécialistes de droit social plaident pour que la discrimination capillaire soit explicitement reconnue comme motif discrimination, au même titre que la couleur de peau ou l’origine. Le député Olivier Serva, très engagé sur les questions liées aux outre mer et aux discriminations, a contribué à visibiliser ces enjeux, même si le code du travail n’intègre pas encore une mention spécifique aux cheveux naturels ou aux coiffures afro.

Dans la pratique, les salariées qui subissent des discriminations capillaires hésitent à saisir le Défenseur des droits, car il est difficile de prouver qu’un refus d’emploi ou une remarque répétée sur la couleur longueur de leurs cheveux constitue un motif de discrimination. Les codes internes d’apparence physique, parfois intégrés dans un règlement ou un code de travail, peuvent interdire certaines coiffures sans jamais citer les cheveux afro ou les cheveux crépus, tout en les visant de manière indirecte. Cette zone grise juridique entretient un climat où les discriminations capillaires persistent, alors même que les droits fondamentaux devraient protéger la liberté de porter ses cheveux naturels au travail.

Changer le regard : des marques engagées aux stratégies concrètes en entreprise

Alors que le marché des produits pour cheveux bouclés et cheveux texturés progresse rapidement, certaines marques assument un positionnement clair contre la discrimination capillaire. Des campagnes comme #maycheveuxmonpower, portées par des marques spécialisées dans les cheveux crépus, encouragent les femmes cheveux texturés à revendiquer leur apparence choisie comme une force et non comme un défaut. Cette dynamique communautaire montre que les discriminations capillaires ne sont pas une fatalité, mais qu’elles exigent un changement de culture partagé entre les consommatrices, les entreprises et les médias.

Les services de ressources humaines ont un rôle décisif pour faire évoluer les codes d’apparence physique et les pratiques de recrutement, en particulier dans les secteurs où les cheveux afro restent rares dans les fonctions visibles. Une première étape consiste à revoir les chartes internes, les codes vestimentaires et tout code de travail implicite, afin de supprimer les formulations qui ciblent indirectement la texture des cheveux, le volume ou la couleur longueur. Des formations à la non discrimination, incluant la dimension capillaire, peuvent aider les managers à comprendre pourquoi un commentaire sur une coiffure afro ou sur des cheveux crépus peut constituer une discrimination apparence.

Pour les personnes qui souhaitent assumer leurs cheveux naturels au travail, la transition peut se préparer avec des routines adaptées et des coiffures protectrices qui facilitent le quotidien. Un soin sans rinçage de qualité, comme ceux présentés dans ce guide sur le leave in conditioner pour cheveux bouclés et texturés, aide à gérer la texture des cheveux tout en préservant leur santé. En combinant accompagnement capillaire, clarification des droits et remise en question des normes d’apparence, il devient possible de réduire les discriminations capillaires et de faire des cheveux naturels un choix pleinement assumé, sans coût caché pour la carrière.

Chiffres clés sur cheveux naturels, travail et discrimination capillaire

  • Selon plusieurs études de marché, le segment des produits pour cheveux bouclés, cheveux crépus et cheveux texturés a connu une croissance d’environ 18 % en une année récente, ce qui contraste avec la persistance des discriminations capillaires en entreprise.
  • Des enquêtes menées aux États Unis dans le cadre du CROWN Act montrent qu’une majorité de femmes afro américaines ont déjà modifié leur coiffure ou leur texture de cheveux par crainte d’un motif de discrimination au travail, ce qui éclaire par analogie la situation des femmes afro descendantes en France.
  • Les saisines liées à l’apparence physique représentent régulièrement une part significative des dossiers traités par le Défenseur des droits, même si la discrimination capillaire n’est pas toujours identifiée explicitement comme raison apparence dans les statistiques publiques.